La réforme de la formation des enseignants

Elisabeth Borne et François Bayrou ont annoncé une réforme consistant essentiellement à ramener les concours de recrutement en fin de Licence, les lauréats étant ensuite rémunérés en Master. Cette réforme est principalement justifiée par le souci d’accroître l’attractivité des métiers de l’enseignement.

C’est une réforme pour laquelle je milite depuis la création des masters « enseignement » (Delignières, 2012). Je n’ai ensuite cessé de dénoncer les inepties des différentes mesures prises par les gouvernements macronistes (concours en fin de master 1, puis en fin de master2), en détaillant les impasses dans lesquelles elles plongeaient les étudiants (Delignières, 2018, 2019). Je devrais donc m’estimer satisfait. La situation est cependant un peu plus complexe.

L’argument principal qui étayait ma position était de sécuriser le parcours des étudiants de master MEEF, en leur assurant la titularisation sous condition d’obtenir le diplôme. Mener des étudiants à BAC+4, puis à Bac+5, avec l’épée de Damoclès d’un échec au concours m’était insupportable, surtout pour leur délivrer in fine un master qui n’avait guère de valeur marchande sur le marché de l’emploi.

Ceci devait leur permettre de consacrer sereinement les deux années de master à leur formation professionnelle, avec une alternance en établissement. La formation universitaire devait leur permettre un retour réflexif sur leurs pratiques, une réflexion approfondie sur le système scolaire et ses finalités, et une initiation à la recherche.

Mes arguments visaient donc essentiellement une amélioration de la qualité de la formation professionnelle des futurs enseignants. Le contexte idéologique dans lequel est avancée aujourd’hui la réforme est d’une toute autre nature. Loin de viser la formation d’ingénieurs pédagogiques, capables d’adaptation face aux difficultés rencontrées, il s’agit plutôt de former des applicateurs dociles de procédures définies de manière centralisée (Delignières, 2024). La candeur de Bayrou dans son souhait de « reconquérir l’écriture » révèle l’incompréhension totale de l’exécutif vis-à-vis des problématiques que traverse l’École.

Par ailleurs je ne pense pas qu’un concours anticipé améliorera l’attractivité des métiers de l’enseignement. La question des salaires reste première à ce niveau, et il conviendrait sans doute de combattre activement le profbashing, plutôt que de l’entretenir consciencieusement.

Les problèmes de transition que va poser cette réforme ne doivent pas non plus être négligés. Envisagée dès la rentrée 2025, elle va demander aux universités une adaptation rapide, notamment par rapport à un concours dont on ne connaît ni le calendrier, ni les modalités.

Un concours précoce peut-il d’ailleurs conserver le format des concours précédents, qui évaluait une capacité à entrer directement dans le métier. Je n’ai rien entendu sur cette question. Mais il me semble que ce concours devrait plutôt être conçu comme une épreuve d’admissibilité, principalement centrée sur la maîtrise disciplinaire.

Enfin les premières sessions de ces concours vont confronter des étudiants fraîchement issus de la licence avec d’autres qui auront déjà entamé ou achevé un parcours de master, et qui risquent de bénéficier d’une certaine avance. Il aurait sans doute été judicieux d’y penser avant…

Références :

Delignières, D. (2012). Mastérisation et formation des enseignants : Plaidoyer pour un pré-recrutement en Licence. Blog Educpros, 17 novembre 2012.

Delignières, D. (2018). Formation des enseignants : pour un concours en fin de Licence, Blog Educpros, 20 juin 2018.

Delignières, D. (2019). Le concours en M2 : c’était la pire des solutions !, Blog EducPros, 22 février 2019.

Delignières, D. (2024). Une « révolution » dans la formation des enseignants… Blog, le 16 avril 2024.

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1 réponse à La réforme de la formation des enseignants

  1. Avatar de jeanpaulguilianelli jeanpaulguilianelli dit :

    Une nouvelle fois, une réforme bâclée (à moins d’un trimestre de la prochaine rentrée), des contours très incertains, alors que ce métier se prépare et demande donc une réelle concertation antre les intervenants possibles selon le choix du 1er ou du 2d degré. Cela ne fait qu’un demi-siècle d’avancées-reculs…..j’ai pu tout suivre: Ecoles normales/I.U.F.M./ E.S.P.E….etc

    Comment s’engager dans une voie aussi peu définie? JP Guilianelli Longwy

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