Mon parcours

J’ai initié ma formation universitaire à l’UEREPS de Nanterre (Paris X), dans laquelle j’ai obtenu le DEUG STAPS (1976-1978). Ayant décroché le concours des IPES en septembre 1977, j’ai demandé et obtenu une mutation à l’UEREPS de Dijon, principalement pour les opportunités offertes par cette université pour la pratique de l’escalade (1978-1980). Je tiens à remercier les enseignants qui ont éclairé cette période, et notamment Claude Piard, Denys Barrault, Jeef Lemoine, Jacques Lemaire, Alain Piron, et Louis Mieusset.

Après avoir réussi le CAPEPS en 1980, j’ai enseigné en établissement scolaire, d’abord au collège de Guérigny (Nièvre), puis au Lycée Talma de Brunoy (91). Ces années ont été essentielles, et j’y ai forgé la plupart des idées et positions que j’ai pu plus tard défendre sur l’Éducation Physique et Sportive. On pourra pour mémoire consulter le projet pédagogique que nous avions publié à l’époque (Delignières & Noé, 1989). Cette première phase se termine sur le concours de l’agrégation EPS, que j’ai obtenu en 1987.

Je suis entré à INSEP comme professeur sessionnaire en 1988, avec l’appui de la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade et de son DTN, Jeef Lemoine. Deux années passées à m’initier à la recherche, sur le thème de la perception de la difficulté dans les tâches motrices, sous la direction de Jean-Pierre Famose (voir, par exemple, Delignières & Famose, 1992 ; Delignières, Famose, Thépault-Mathieu & Fleurance, 1993, Delignières, 1993). Parallèlement, j’ai passé un DEA STAPS, en 1990.

En 1990, j’ai pu intégrer le Laboratoire de Psychologie du Sport de l’INSEP. J’y ai travaillé pendant quatre ans, en compagnie de Philippe Fleurance et Jean-Jacques Temprado. J’ai passé ma thèse en 1993, toujours sur le thème de la perception de la difficulté (voir par exemple Delignières & Famose, 1994 ; Delignières, Famose & Genty, 1994, Delignières, 1998). Pourtant ces années de recherche ont été davantage orientées vers les modèles cognitivo-énergétiques, avec notamment l’analyse des effets de l’effort physique sur l’efficacité du traitement de l’information, en collaboration avec Jeanick Brisswalter et René Arcelin (voir notamment Delignières, Brisswalter & Legros, 1994 ; Brisswalter, Durand, Delignières & Legros, 1995 ; Delignières & Brisswalter, 1996 ; Arcelin, Brisswalter & Delignières, 1997). Pour plus de détails sur cette période, on pourra consulter la fiche réalisée par Michel Chauveau, dans le cadre des travaux du Comité d’Histoire du ministère de la Jeunesse et des Sports.

Parallèlement, j’ai beaucoup œuvré dans le domaine de la préparation aux concours, et notamment l’agrégation interne d’EPS. J’ai notamment travaillé à Créteil, avec André Lapierre, à Orsay, avec Michel Duval, et à la Réunion, toujours avec André Lapierre qui avait entre-temps fait le déplacement. J’ai également participé avec Pascal Duret à l’aventure d’Echanges et Controverses, revue éphémère (5 numéros) vendue sous le manteau dans la frénésie des premiers concours internes en EPS.

J’ai obtenu un poste de maître de conférence à l’UFR STAPS de Montpellier en 1994. J’y ai retrouvé avec plaisir Marc Durand et Marielle Cadopi. Nous avons rejoint une équipe CNRS dirigée par Jean-Francisque Chatillon, et c’est dans ce cadre que j’ai passé mon habilitation à diriger les recherches en 1996. En 1998, nous avons fondé un nouveau laboratoire, l’E.A. 2991 « Sport, Performance, Santé », dirigée par Alain Varray. J’ai obtenu un poste de professeur des universités en 1999. Ce laboratoire a poursuivi son développement et a donné naissance au centre de recherche Euromov, actuellement dirigé par Benoît Bardy. En 2013, j’ai pris la tête d’une des trois équipes de ce laboratoire, intitulée « Complexité et Adaptabilité ».

Mes travaux de recherche depuis mon arrivée à Montpellier ont porté dans un premier temps sur les coordinations motrices et l’apprentissage moteur, du point de vue de la théorie des systèmes dynamiques. J’ai encadré sur ces thèmes les travaux de Déborah Nourrit, Thibault Deschamps, Nicolas Caillou, et Caroline Teulier. Nous avons dans ce cadre travaillé sur les coordinations spontanées des débutants confrontés à des tâches complexes (Delignières, Nourrit, Sioud, Leroyer, Zattara, & Micaleff, 1998; Delignières, Nourrit, Deschamps, Lauriot & Caillou, 1999), et nous avons tenté de caractériser l’évolution des coordinations au cours de l’apprentissage (Nourrit, Lauriot, Deschamps, Caillou & Delignières, 2000 ; Caillou, Nourrit, Deschamps, Lauriot & Delignières, 2002 ; Nourrit, Delignières, Caillou, Deschamps & Lauriot, 2003; Teulier, Nourrit & Delignières, 2006; Teulier & Delignières,2007).

Parallèlement, j’ai engagé une collaboration fructueuse avec Grégory Ninot sur la dynamique de l’estime de soi. Ces travaux ont été initiés vers la fin des années 90, avec la validation française du questionnaire de Fox et Corbin (1989) sur le modèle hiérarchique du soi physique (Ninot, Delignières & Fortes, 2000). Nous avons ensuite validé un questionnaire court destiné spécifiquement au recueil des mesures répétées (Ninot, Fortes & Delignières, 2001). Cet outil nous a permis d’analyser de manière originale l’estime de soi, du point de vue de son évolution temporelle. (Fortes, Delignières & Ninot, 2004, Delignières, Fortes et Ninot, 2004). Ces travaux ont fait l’objet de la thèse de Marina Fortes.

Plus récemment, nous avons engagé une série de travaux sur l’analyse des corrélations sérielles, et notamment les corrélations à long-terme, le bruit 1/f, les fractales. Nous avons à ce niveau travaillé sur quatre axes principaux :

– la mise au point et l’évaluation de méthodes d’analyse des propriétés fractales des séries temporelles (Delignières, Torre & Lemoine, 2005; Torre, Delignières & Lemoine, 2007; Delignières, Ramdani, Lemoine, Torre, Fortes & Ninot, 2006; Marmelat, Torre & Delignières, 2012; Delignières & Marmelat, 2013; Almurad & Delignières, 2016).

– une évaluation critique des théories classiques du contrôle moteur, sous l’angle de la prise en compte des corrélations sérielles : nous avons notamment travaillé à ce niveau sur les processus de timing (Delignières, Lemoine & Torre, 2004 ; Delignières, Torre, & Lemoine, 2008 ; Torre & Delignières, 2008; Delignières & Torre, 2011), sur les coordinations bimanuelles (Torre, Delignières, & Lemoine, 2007; Torre & Delignières, 2008), sur la locomotion (Delignières & Torre, 2009), et sur la posture (Delignières, Deschamps, Legros & Caillou, 2003; Delignières, Torre & Bernard, 2011),

– une analyse des relations entre corrélations à long-terme et complexité (Delignières & Torre, 2009 ; Diniz et al., 2011; Delignières & Marmelat, 2013).

– plus récemment , nous avons engagé une série de travaux sur la coordination entre systèmes complexes (Marmelat & Delignières, 2012; Delignières & Marmelat, 2014; Marmelat et al., 2014; Delignières et al. 2016; Almurad et al., 2017; Roume et al. 2018, Almurad et al. 2019).

J’ai continué parallèlement à développer une réflexion sur l’EPS, ses finalités et ses contenus. Les thématiques que j’ai tenté de développer peuvent être regroupées en six points, fortement interdépendants par ailleurs:

  • L’éducation à la sécurité. Le thème de l’éducation à la sécurité est une préoccupation récurrente en Éducation Physique et Sportive, mais reste fréquemment bloqué sur la problématique de la prise de risque. J’ai insisté sur la nécessité d’une didactique du risque, dotant de manière progressive les élèves de compétences leur permettant de faire face à des risques objectifs (voir notamment Delignières, 1993 ; 2018).
  • L’éducation pour la santé. Face aux tenants d’une éducation pour la santé fondée sur l’apprentissage de règles d’hygiène et de prescriptions vis-à-vis de la pratique physique, j’ai défendu une approche motivationnelle, visant l’incitation des élèves à pratiquer, tout au long de leur vie. Je considère que la construction d’une relation de plaisir à la pratique est l’acquisition fondamentale en Éducation Physique et Sportive, conditionnant l’intérêt et l’utilité sociale de toutes les autres (voir notamment Delignières & Garsault, 1996 ; 2004 ; Delignières, 2016).
  • L’éducation à la citoyenneté. J’estime que les pratiques sociales de référence de l’Éducation Physique et Sportive constituent des lieux majeurs d’expression de la citoyenneté dans nos sociétés actuelles. A condition de conserver la complexité de ces pratiques lors de leur étude scolaire, l’Éducation Physique et Sportive peut être essentiellement une éducation citoyenne (voir notamment Delignières & Garsault, 2004 ; 2015 ; Delignières, 2016).
  • La pédagogie des compétences. Un certain nombre de mes publications ont été consacrées aux compétences et à leur enseignement. J’ai proposé une approche inspirée des théories de la complexité, définissant les compétences comme la capacité à faire évoluer favorablement des situations complexes (voir notamment Delignières & Garsault, 1999 ; 2004 ; Delignières, 2009 ; 2019).
  • Le statut de la culture dans l’éducation. J’ai développé une conception culturaliste de l’Éducation Physique et Sportive, qui doit être définie comme l’étude, dans le cadre de la scolarité obligatoire, des activités physiques, sportives et artistiques, en tant que produits représentatifs d’une culture patrimoniale (Delignières, 2016, 2020 ; 2021). Plus récemment, j’ai avancé une analyse de l’influence de l’hypermodernité sur les évolutions actuelles des conceptions éducatives et les contenus (Delignières, 2021a ; 2021b).

Les références citées dans ce rapide panorama ne constituent que les jalons essentiels de ma trajectoire. Les pages de ce site contiennent d’autres textes, portant parfois sur des sujets plus latéraux, non évoqués ici.

Après de longues années consacrées exclusivement à la recherche et à l’enseignement, il m’a semblé qu’il était juste de consacrer une partie de mon activité aux responsabilités collectives. Une manière de renvoyer indirectement l’ascenseur à tous ceux qui avaient assuré ces responsabilités avant moi, et qui m’avaient ainsi donné le temps de déployer mes activités d’enseignant-chercheur. J’ai tout d’abord été directeur adjoint de l’UFR STAPS de Montpellier, responsable des formations, de 2004 à 2009, sous la mandature de Marielle Cadopi. J’ai ensuite été directeur de l’UFR STAPS, de 2010 à 2019.

Je me suis également engagé au sein de la Conférence des Directeurs et Doyens d’UFR STAPS (C3D), en tant que vice-président de 2010 à 2013, puis comme président  de 2013 à 2019. Je tiens à remercier ceux qui m’ont accompagné lors de ces années, et notamment Philippe Mathé, Laurent Bosquet, David Leroy, Hugues Rolan, Aurélien Pichon, Yannick Vanpoulle, Pierre Bavazzano, Lionel Crognier, Arnaud Jaillet, Thierry Maquet et Michèle Schwartz. Nous avons traité un certain nombre de dossiers, et parmi les plus significatifs:
– Les modifications statuaires de la C3D (redéfinition du poids politique du CA et du Bureau)
– La politique d’intégration au CA des directeurs de petites structures et des directeurs de l’enseignement privé.
– La mise en place d’un partenariat étroit avec l’ANESTAPS (2013)
– La mise en place du CERSTAPS (2013-2014)
– La réalisation d’enquêtes récurrentes sur les effectifs et les moyens dans les structures STAPS
– La signature de conventions avec les conférences de Médecine (2013) et de Pharmacie (2016)
– La signature de conventions nationales avec les fédérations sportives
– Les négociations sur la Loi Sport-Santé et ses décrets d’application (2014-2016)
– La mise en place de la procédure nationale de classement des vœux sur ParcourSup (2017)
– La conception des attendus nationaux de la Licence STAPS (2017)
– Les négociations sur l’accroissement des capacités d’accueil en STAPS, l’ouverture de nouvelles structures et la création de postes d’enseignants (2017)
– La mise au point d’une démarche de déclinaison des blocs de compétences  en compétences constitutives, pour tous les diplômes (2915-2019)
– La réalisation d’une enquête d’insertion professionnelle sur l’ensemble des formations STAPS (2018)
– La création de 5 mentions de Licence STAPS (2019)
– La rédaction des 5 fiches RNCP correspondantes, ainsi que des 5 fiches RNCP master. Ces fiches ont été écrites dans la logique des blocs de compétences (2018-2019)

J’ai créé à cette période un blog (http://blog.educpros.fr/didier-delignieres/), hébergé sur le site Educpros, dans lequel je traitais principalement de questions liées à l’enseignement supérieur et aux STAPS.

J’ai enfin été responsable de l’unité de formation EPS de l’INSPE Languedoc-Roussillon, de 2020 à 2022.

Je me suis également fortement investi dans la vie scientifique de la communauté de STAPS, en étant notamment membre du Conseil d’Administration de la Société Française de Psychologie du Sport (1996-1999), et secrétaire général de l’Association des Chercheurs en Activités Physiques et Sportives (ACAPS) de 2001 à 2007. J’ai été éditeur de la section Sciences Humaines de la revue STAPS de 1999 à 2001, et éditeur principal de la revue Movement & Sport Sciences/Science & Motricité, de 2003 à 2015.

Pour aller plus loin (ou au moins différemment) : Une interview sur la Pespteam (2008)

En 2008, on m’a diagnostiqué une sclérose en plaque, affectant principalement le membre inférieur gauche, et entraînant une détérioration progressive de la marche. Les déplacements (et surtout les escaliers) sont devenus particulièrement pénibles à partir de 2016. Je tiens à remercier tous ceux qui, souvent en toute discrétion, m’ont assisté dans cette période délicate et professionnellement très intense.